samedi 29 novembre 2008

Mirror's Edge



Dès le premier trailer je suis tombé amoureux de ce jeu. Cette course sur les toits d'une ville lisse, blanche, immaculée. La musique planante qui donnait un air de dernière aventure à l'échappée de Faith, l'héroîne. Et enfin cette fille, belle et naturelle dans le rôle principal. Tout était réuni pour nous faire rêver. Ce soir je viens de terminer le jeu et l'expérience fut très différente de ce que j'avais imaginé...

La tonalité tragique du dernière run d'une belle héroïne perçue dans le trailer ne s'est au final pas révélée dans Mirror's Edge. A la place, c'est une touche sensible et sensuelle que j'ai retenue de l'aventure, en plus du gameplay de plate-forme très bien vu que je détaillerai plus tard.

Sensibles, les développeurs le sont, même si vous tarderez à en convenir. Les derniers niveaux en seront une belle démonstration. Je retiendrai l'épure de la tour de l'Ecrin, son ascension planante, pure challenge abstrait de jeu vidéo, rythmée par les mouvements fluides et gracieux de l'héroïne (mouvements enfin maîtrisés par le joueur!) et les morts à répétition, une séquence de plate-forme longue et captivante servie par une musique qui commence à nous faire comprendre what Mirror's Edge is really about.

Contrairement à ce qu'on pouvait penser, ce ne sont pas les péripéties sur les toits de la ville qui font le fort de l'ambiance du jeu. Non, ces passages, souvent synonymes de poursuites chaotiques avec la police et ses engins volants, ne tiennent pas leurs promesses. Même dans les courts instants de répit, des bruits caractéristiques de chantier en construction, de circulation empêchent de créer une bulle atmosphérique autour du joueur et de son héroïne.

C'est quand le soir commence à tomber, que la ville éteint ses lumières et que l'histoire se décide à faire vivre des situations critiques à ses personnages que le jeu révèle son potentiel. Faith se découvre et fait montre d'une sensibilité rarement vue chez un personnage de jeu vidéo. La façon dont elle se pose doucement sur son corps et enlace Merc, figure paternelle, m'a fait chaud au coeur. Ses retrouvailles avec sa soeur se font aussi dans une démonstration d'émotion très physique, corporelle, sensuelle. Faith est une femme de chair, son coeur bat et sa peau frémit au contact des êtres aimés.

La nuit descend sur la ville apaisée et les escapades de Faith, accompagnées par une bande son enfin inspirée prennent de l'épaisseur. Pures challenges de plate-forme, esthétique nocturne et ambiance enveloppante font des dernières heures de Mirror's Edge du concentré de délectation. C'est dans ces moments-là, quand on bosse sur une énigme retorse pendant plusieurs minutes, quand on fuit avec Faith ses poursuivants dont on connait l'objectif, qu'on prend enfin corps avec elle et qu'on savoure ces dernières heures planantes, atmosphériques et sensuelles.

Sensuelles grâce au personnage de Faith bien sûr, et grâce au gameplay lui-même. Jeu de course-plate-forme vu à la première personne, Mirror's Edge finit par lier entre nous et le décor une relation tactile, physique. La maniabilité demande de longues heures avant d'être maîtrisée (c'est aussi ce qui fait la réussite de la deuxième partie du jeu) mais plus le temps passe, plus l'on épouse les parois, les tuyaux et les plate-forme via le sens de l'héroïne. Il se crée un lien unique avec le personnage... grâce à la combinaison réussie de l'écriture et du gameplay.

Le gameplay de Mirror's Edge pourrait à lui seul justifier l'achat du jeu. Si le mode histoire ne m'avait finalement pas convaincu (et il a tardé à le faire, je reconnais, les 3-4 premiers chapitres j'ai eu du mal à m'immerger vraiment), il me resterait le mode parcours et le mode contre-la-montre. Et disons qu'avec ces modes, Mirror's Edge se transforme tout simplement en... jeu de course.

Un grand nombre de niveaux en mode course, des paliers de temps à franchir pour chacun d'entre eux, la possibilité de courir contre un fantôme représentant votre meilleur parcours et des classements mondiaux... Les trajets se doivent d'être étudiés et le gameplay maîtrisé pour espérer triompher de chacune des épreuves de ce mode.

Un gameplay qui, rappelons-le une dernière fois, est une grande réussite. C'est simplement le meilleur jeu de plate-forme 3d, à mon sens, qui ait jamais vu le jour. Les jeux de ce genre jusque là ne tiraient pas vraiment parti de la 3d; pour la plupart, c'était de la 2d avec profondeur de champ ou alors des balbutiements. Mirror's Edge donne ses lettres de noblesse au genre, grâce à une immersion encore jamais vu dans un environnement 3d. Jamais auparavant nous n'avions eu à faire à ce point corps avec l'univers, à le connaître et l'appréhender pour finir un jeu.

Reste que si la mécanique créée est très satisfaisante, son exploitation dans ce premier volet de la trilogie annoncée est perfectible. Pour le prochain épisode, il faudrait plus d'épure dans la plate-forme, ne pas avoir peur de tendre vers l'absurdité dans les épreuves, l'architecture. Ce sont ces passages propres au jeu vidéo qui permettent le mieux de construire une ambiance et créer un lien entre le joueur et le personnage qu'il accompagne. Dans Mirror's Edge des phases d'une telle envergure n'apparaissent que tardivement, et c'est bien dommage, car elles sont ce que le jeu a de meilleur à offrir.

Ne craignez pas (je m'adresse aux game designers) de sombrer dans l'abstraction et de lasser le joueur. L'ascension de la tour en construction en fin d'après-midi est juste ce qui lance le jeu, l'association avec la musique choisie fait du niveau une expérience infiniment plus convaincante que les poursuites maladroites avec la police ou les pseudo-rebondissements de l'histoire au début.

Dernier conseil, ne jouez pas avec les armes dans ce jeu. D'une vous débloquerez un trophée à la fin, et en plus ça change de jouer avec un personnage qui n'a pas pouvoir de vie ou de mort sur les adversaires qui se mettent en travers de sa route.

Conclusion: Mirror's Edge n'est ni un jeu parfait ni un fantastique bonheur du début à la fin; son gameplay vraiment bien foutu n'est sans doute que timidement exploité et l'ambiance tarde à décoller. Pourtant, ce jeu vous fera vivre des sensations pour certaines perdues de vue depuis bien longtemps, depuis que le jeu vidéo a honte de ses racines (la notion de challenge est désuète à l'heure du casual gaming), et d'autres, des sensations encore inédites. Découvrez Faith, une fille planante qui s'épanouit dans la nuit et dont la sensibilité à fleur de peau vous dépaysera.

Note: 8/10

Malgré un scénario décevant, Mirror's Edge a réussi à créer de toute pièce un style de jeu complètement nouveau, en plus d'une ambiance qui nous gratifie, tardivement cela dit, de séquences atmosphériques absolument remarquables.

Hip hip Hurrah

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